Le temps file hein.
On passe dans le négatif, je ne compte plus les jours passés mais je décompte ceux à venir. Dans cinq jours, retour à Bordeaux pour la rigolade et la légèreté.
Je peux pas dire que depuis il n'y a pas eu de bon temps. Y'a eu des journées, des week-end entiers, parfois juste un moment, mais des instants qui resteront à n'en pas douter.
Je pourrais vous parler de la semaine de grand froid qui a recouvert les toits et les sols de bien 20 centimètres de blanc. On a découvert ça un samedi soir avec ma colocataire française ; le ciel était tellement claire dans la pénombre de ma chambre que j'ai regardé derrière les volets pour découvrir de la neige déjà bien installée, les flocons qui poursuivaient leur chute, et un garçon qui courait dans la rue en criant de joie. Au milieu de la nuit, pyjama, manteau et bottes, et on était sur le trottoir à faire des photos des dessins des mots des rires et à redécouvrir le crissement des semelles sur la neige fraiche.
Une semaine, entre neige et froid puis verglas, ce dernier jusqu'à encore peu de jours. Bien mieux équipée que chez nous, Bradford n'a été bloqué qu'une journée. Un jeudi à rester à la maison regarder au bout de la rue le trafic stagnait. Plus tard encore on a eu encore l'occasion de faire un beau snowman que des enfants terribles ont détruits deux jours après, sans doute par une vilaine jalousie oui.
A noter, une bonne chute dans les marches de l'Eldon, un bar de Leeds, un peu saoule et n'ayant pas la chaussures adéquates, j'ai bien été à deux doigts de me faire rapatrier pour m'être cassée le coccyx. En exagérant. Et puis il y a eu deux autres belles, de chute, coup sur coup, pour un genoux en sang et des bleus sur les jambes au final.
Il y a eu aussi tout un week end à Whitby, une charmante petite ville portuaire sur la côte est. Location de voiture, copilotage, on s'est bien sûr perdu en route mais ça en valait le coup, même avec la pluie qui n'a pas cessé de nous brouiller la vue. Notre auberge de jeunesse était tout en haut de la colline qui surplombe la ville, juste à côté de ruines magnifiques d'une abbaye. On y a mangé le meilleur fish and chips de Yorkshire, sans avoir de mâcher, le poisson fondant directement sur la langue. One shoot one beer multiplié de nombreuses fois au pub le samedi soir, fumer dans un cimetière qui se trouve juste sur la route de tout le monde, au milieu de rien, des dalles entres les herbes ; surréaliste. C'était super. Je pourrais pas tout dire. Whitby : le port sans encombre, les minuscules cafés embués, les mouettes qui luttent dans le vent, l'ivresse entre les couleurs, la vue du roi du monde, les pierres tombales à nos pieds : un tableau dans lequel sauter à pieds joins.
Dans les souvenirs à jaunir il y a eu ce week-end à York, dont toutes les facades de bars tenteraient le plus réticent des non-buveurs de bière. Les fous rires inexplicables avec les filles. Il y avait le marché de Noël aussi, qu'on pourrait rebaptiser French Christmas tant ça parlait français à tous les stands. Bières et vins chauds en compagnie de ces nouvelles personnes rencontrées, ces gens embarqués dans leur camion avec leur bout de vie et leurs marchandises. Pendant un instant en fermant on aurait pu se croire en france, et pourtant ça n'y aurait pas été imprégné du même charme. En arrivant aussi, on est entrées par hasard dans une petite église. Il y avait du monde sur les bancs, une chorale et des gens qui parlaient de Noël. Distribution de caffé, de thé et de délicieux gateaux. Un couple d'anglais à l'entrée nous a beaucoup parlé. Ils aimaient la France, il y allaient chaque année. Le vieux monsieur parlait très bien français avec ça. La dame m'a apporté un thé et un gateau sur une petite serviette en papier à mon banc, en me faisant un clin d'oeil. C'était mignon, c'était chaleureux.
Une ville dans laquelle nous comptons retourner souvent, ayant en plus une copine qui travaille là-bas. Il parait que les murailles qui entourent la ville constituent une ballade à faire absolument, malheureusement elles étaient fermées au public ce week-end à cause du verglas. York, avec des coeurs.
On passe les soirées à droite à gauche et au centre, avec les nouvelles rencontres, celles de dix minutes et celles dont on déroule le fil. Les relations s'améliorent, le bon temps se laisse prendre, et la gentillesse se trouve souvent à bord de lèvres. Pas plus tard qu'hier soir, nous étions à un Chrismas diner avec ma coloc française et notre coloc anglais. Chacun avait cuisiné quelque chose, et nous avons testé le Christmas pudding, qui n'est pas du tout un dessert, comme je le croyais. Malgré un week-end épuisant et la perspective de travailler ce matin, on y a passé un très bon temps.
Aux écoles d'ailleurs, les relations sont toujours aussi bonnes. En ces semaines qui précèdent Noël, les emplois du temps sont chamboulés, et les heures de vrai enseignement de français se comptent sur les doigts d'une seule main. Entre les Christmas cards, les répétitions pour les différentes pièces de Noël, les répétitions des chansons et tout ça là, je découvre plus que je n'enseigne, et ce serait mentir de dire que c'est désagréable. Aujourd'hui, pour mon dernier jour avant janvier à Long Lee, j'ai eu droit à des attentions adorables. Des Christmas cards en forme de coeur offertes par certains enfants (dans lesquelles j'ai découvert des mots mignons), et deux enseignantes m'ont offert un mug aux couleurs de l'angleterre et une grande boite de thé anglais ! Elles m'ont bien dit de l'ouvrir qu'à Noël devant ma famille, mais à peine installée dans le bus pour la gare, j'ai cédé à la curiosité, et ça m'a fait très chaud au coeur. Elles me disent être très satisfaites et heureuses de cette première période, que les enfants m'apprécient beaucoup. Ca redonne du courage. Je me sens très intégrée dans toutes mes écoles. Les enseignantes me parlent, les enfants viennent spontannément vers moi, ce sont de bons moments, vraiment.
Il y aurait encore de quoi noircir des lignes, mais ce sera pour les voix vives devant une bière au prix exhorbitant en France. Vous me manquez toujours autant pour autant, s'échapper ici ne signifie pas me retirer de là-bas. On se voit très bientôt pour échanger les sourires. Très très bientôt.
Mais je ne pourrais pas rapporter de fish and chips je vous préviens, ne soyez pas déçus.